Éthique

Éthique

Documenter les savoirs d’un peuple, c’est manipuler quelque chose qui ne nous appartient pas. Cette page dit ce que nous nous interdisons, ce à quoi nous nous engageons, et devant qui nous en répondons.

Notre intention

EWA n’ira pas à la rencontre des peuples qui ne veulent pas être rencontrés.

Il existe encore, en Amazonie et ailleurs, des communautés qui ont choisi l’isolement. Ce choix se doit d’être respecté sans condition. Aller vers elles, même avec les meilleures intentions, ce serait déjà les altérer — apporter nos objets, nos regards, ou même nos maladies serait enclencher l’érosion même que nous prétendons combattre. À leur égard, notre engagement tient en peu de mots : ne rien faire, sinon protéger. Protéger leur territoire, leur forêt, leur silence.

Car il y a là un devoir plus urgent que documenter : empêcher la destruction. Les arbres que l’on abat sont, pour ceux qui vivent dessous, dedans, autour ou derrière, des êtres sacrés. Les orpailleurs qui remontent les fleuves apportent le mercure et les armes. Les intérêts économiques qui convoitent ces ressources détruisent, souvent sans même le vouloir, les mondes qui les abritent. Protéger ces terres, c’est protéger ces peuples — et c’est le préalable de tout le reste.

Notre travail commence ailleurs : auprès des peuples déjà entrés en contact avec le monde moderne, et dont les savoirs s’effritent depuis des décennies. Exil, sécheresses, conflits, écoles sans langue maternelle, jeunes partis vers les villes : la chaîne de transmission s’est fragilisée, et parfois rompue. Pour eux, il est souvent trop tard pour revenir à un état d’origine — trop de choses ont eu lieu. Mais il reste immensément à sauver.

C’est ce que fait EWA, avec eux et sous leur contrôle : recueillir, enregistrer, traduire, relier. Non pour figer un passé dans un musée, mais pour que ces savoirs restent vivants et accessibles — à leurs propres enfants d’abord, qui pourront y retrouver leurs racines ; à l’humanité ensuite. Ces peuples ont expérimenté pendant des millénaires des manières d’habiter le monde sans l’épuiser. Le nôtre montre chaque jour ses limites. Il serait absurde sinon dramatique de laisser s’éteindre les seules expériences longues dont nous disposions.

Nos six engagements

Protéger avant de diffuser. Quand la publication d’un savoir peut exposer un lieu, une ressource ou une personne, elle n’a pas lieu. Le doute joue toujours en faveur de la protection.

Rien sans consentement — et le consentement se retire. Chaque enregistrement suppose un accord libre, préalable et éclairé, donné dans la langue de la personne et portant sur ce qu’elle a réellement compris. Cet accord peut être révoqué à tout moment, sans justification : le contenu est alors retiré.

Le savoir reste à ceux qui le portent. EWA ne revendique aucune propriété sur ce qu’elle recueille. Nous sommes dépositaires, pas propriétaires. Chaque communauté garde le droit de décider ce qui est visible, par qui, et pour combien de temps.

Certains savoirs ne seront jamais publiés. Rituels réservés, lieux sacrés, connaissances transmises aux seuls initiés : quand une communauté nous dit qu’un savoir ne se partage pas, il n’est ni enregistré, ni archivé, ni cité. D’autres peuvent être conservés en accès restreint, consultables par la communauté seule.

Tout est tracé. Chaque fiche indique qui a parlé, quand, où, avec quelle autorisation et sous quel niveau d’accès. Cette traçabilité protège les personnes autant qu’elle rend notre travail vérifiable.

Aucun profit sans retour. Si un savoir documenté sur EWA donne lieu à une exploitation — recherche, produit, œuvre — la communauté d’origine doit être informée, associée et bénéficiaire. C’est l’esprit du protocole de Nagoya ; nous en faisons une règle interne.

Les quatre piliers du cadre

Ces engagements se déclinent en quatre documents opérationnels. Chacun est appelé à évoluer avec les communautés partenaires.

Consentement — Comment nous recueillons un consentement libre, préalable et éclairé : dans quelle langue, avec quels intermédiaires, sous quelle forme — écrite, filmée ou orale — et comment il se retire.

Droits d’usage — Ce que chacun peut faire des contenus publiés : consulter, citer, enseigner, republier. Et ce qui reste interdit sans accord explicite : l’usage commercial, la modification, l’extraction automatisée.

Gouvernance des données — Où sont hébergées les archives, qui y accède, qui décide des niveaux de visibilité, et comment une communauté peut reprendre la main sur ses propres contenus.

Protection contre l’appropriation — Les garde-fous contre la biopiraterie et l’appropriation culturelle : horodatage et preuve d’antériorité, étiquettes culturelles d’usage, procédure d’alerte en cas d’usage abusif.

Sur quoi nous nous appuyons

Notre cadre n’est pas improvisé. Il reprend des textes et des outils reconnus internationalement :

  • la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones (2007), en particulier son article 31, qui reconnaît à ces peuples le droit de contrôler leur patrimoine culturel et leurs savoirs traditionnels ;
  • la Convention 169 de l’OIT (1989), qui fonde le droit à la consultation préalable ;
  • le protocole de Nagoya (en vigueur depuis 2014), sur l’accès aux ressources et le partage juste et équitable des avantages qui en découlent ;
  • les principes CARE pour la gouvernance des données autochtones (Global Indigenous Data Alliance, 2020) : bénéfice collectif, autorité de contrôle, responsabilité, éthique ;
  • les TK Labels et BC Labels de Local Contexts, que nous adoptons pour attacher à chaque contenu les conditions culturelles d’usage définies par la communauté elle-même.

Ce cadre est vivant. Il sera corrigé chaque fois qu’une communauté partenaire nous montrera qu’il l’exige.

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